Les humains sont trop fiers

Musée de l’automobile de Compiègne — juin 2306

« … Et ça les enfants, c’est une pièce assez rare : il s’agit d’une voiture autonome, construite vers 2035.
— Qu’est-ce que c’est, une voiture autonome ?
— C’est une voiture intelligente qui roule seule : le conducteur n’est plus qu’un simple passager.
— Ouaaah, mais c’est trop bien. Pourquoi ça n’existe plus ?
— Hé bien, le souci c’est que ces voitures devaient composer pendant un temps avec le reste du trafic routier : les voitures non-autonome. Elles avaient été paramétrées, bien sûr, pour la plus grande prudence. Au cas où un piéton, ou un autre véhicule venait empiéter sur leur trajectoire, elle ralentissait, voire s’arrêtait pour éviter les accident. C’est tout à fait normal. »

Il marqua une pause, balaya du regard son auditoire, et reprit :

« Mais c’est quelque chose que l’humanité avait déjà connu : à la fin du XIXe siècle, lorsque les automobiles ont commencées à circuler, les voies étaient encore encombrées de chevaux, diligences, etc. Et pendant longtemps le code de la route a contenu des règles spécifique pour dire aux conducteurs que les chevaux avaient la priorité. La différence, sans doute, c’est que les voitures ont assez rapidement été capables de circuler beaucoup plus rapidement que les chevaux. L’adoption a donc été massive.
— Et que s’est-il passé pour les voitures automômes ?
— … autonomes ! Eh bien… j’imagine que pour le coup les humains sont trop fiers : ils n’ont pas appréciés de perdre du temps dans leurs véhicules automatiques pour laisser la place aux fangios du volant qui continuaient à rouler en manuel. Peut-être aussi qu’une partie d’entre eux étaient triste de perdre la sensation de conduite. Quoi qu’il en soit, progressivement ces véhiculent ont été abandonnés. En parallèle, l’automatisation d’autres tâches dans les usines, les champs, la médecine, avait laissé beaucoup de gens sans emplois. Beaucoup ont tentés leur chance comme conducteur de taxis…
— C’est quoi un « taxi » ?
— J’y venais justement. C’était des gens qui proposaient, contre le paiement d’une certaine somme en fonction de la distance, de la météo ou de leur humeur, de vous conduire en voiture où vous le désiriez. La version archaïque de nos chauffeur en quelque sorte. C’est d’ailleurs j’imagine ce qui s’est produit : l’offre a très rapidement dépassé la demande au début des années 2100, au point qu’il est devenu classique, pour ceux qui avaient les moyens, d’avoir un chauffeur attitré. Ça s’est répandu progressivement à l’ensemble de la société.
— Un peu comme tout à l’heure avec les carosses : les riches avaient tous un pâle meunier pour les servir.
— Ahah oui, en voilà un qui suit. Oui les « palefreniers ». Sauf que désormais tout le monde peut en avoir un. »

Alors que la classe se dirigeait vers la sortie en ordre dispersé, qui en s’attardant encore auprès d’une réplique du fardier de Cugnot, qui en chahutant gentiment dans les escaliers ou encore en commençant à parcourir les cartes interactives souvenir une à une, un élève resté légèrement en retrait philosopha à demi-voix : « L’humanité est un éternel recommencement. »

Le guide referma les portes de la galerie des voitures avec sa clé, l’école étant le dernier groupe de la journée, puis porta un regard inquiet à sa montre. Il usa de sa présence persuasive pour inciter les derniers visiteurs à se diriger vers la sortie. Ceci fait, il quitta prestement sa veste et posa sa casquette sur le comptoir à l’entrée, où il la retrouverait le lendemain matin. En quittant la boutique pour la cour du palais impérial, il parcouru rapidement quelques écrans de sa montre et appuya sur l’application de mise en relation avec son chauffeur. Le temps de traverser l’espace pavé et de fermer les grandes grilles dorées, sa voiture l’attendrait le long de la rue.

Il s’engouffra à l’arrière et claqua la portière derrière lui.

« Dépêche toi, Eudes, nous allons être en retard pour le spectacle de ma fille à l’école. »

L’automobile électrique à sustentation s’élança sans un bruit ni vibration en direction de la forêt toute proche. Le guide consulta à nouveau sa montre. Il avait un quart d’heure pour couvrir les trente kilomètres le séparant de son village et l’école de sa fille. Heureusement, Eudes était un conducteur hors pair et il savait aller vite. Tandis que les arbres défilaient au delà des limites autorisées à la fenêtre, le guide repensa à sa dernière visite. Oui, il se demandait vraiment pourquoi les humains n’avaient pas réussi à accepter les voitures autonomes.

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