Émilien

Ensemble, nous étions une forêt.
Nous n'étions pas faits du même bois,
un même terreau nous accueillit pourtant.
Nous ne poussions pas dans la même direction,
mais avons su rester proches,
partageant le même vent,
    le même humus,
        la même eau.

Tu étais cet arbre que l'on ne peut manquer
parce qu'un rien le différencie de ses pairs
    — chapeau ; deux-chevaux.
Une impression de bien être en sa présence.
Tel les éternels chênes de la forêt de Compiègne,
tu savais être là pour nous,
rassurante écoute, noble stature.

Tu étais plus qu'un arbre.
    Tu étais un feu.
Tes yeux brillant au milieu d'un torrent doré
de flammes follement bouclées.
Une soif de connaissances et de découvertes
attisait cet âtre auprès duquel nous avions plaisir à causer :

Ce feu était un combat.
    Mais une juste lutte.
Nos échanges duraient des heures et
même au cœur de la bataille, tu restais franc.
Qu'importait l'issue, pourvu que nous débattissions,
que nous partageâmes plus qu'un moment : une communion.

Tu étais la braise qui crépite,
    la cime qui frémit sous le vent.

Tu étais un arbre, tu étais un feu.
Ce feu qui finit par consumer le bois tendre de tes années.

Désormais pour nous tous reste une flamme.
Une flamme au fond de nos cœurs.
Une flamme qui nous guide, qui nous fortifie.
Tu n'as pas disparu Émilien :

Cette flamme, dont je veux me souvenir,
    c'est ton panache.