Pourquoi l’UMP ne veut pas du vote des étranger aux élections locales

En tout cas, tel que je le perçois, n'étant pas membre de leur bureau politique. Je ne pense vraiment qu'il s'agisse d'une vraie crainte patriotique ou de la défense d'une vraie position philosophique ou autre.

On parle en effet simplement d'accorder le droit de vote à des non-citoyens (appelons un chat un chat) lors d'élection locale. Pas nationale, ni même régionale ou départementale. Juste pour élire un maire. Dès lors je ne vois pas ce qu'il y a à craindre « pour l'intérêt supérieur de la Nation » : il n'en est même pas question !

Je ne vois pas en quoi le fait qu'une poignée de non-citoyens puisse voter localement risque de changer quoi que ce soit à l'échelon d'un pays. Et j'irai même plus loin : de quoi a-t-on peur à l'échelon local ? Comme les Français de souche – vous savez, les bons blancs gaulois – ne votent plus – nous sommes tous au courant des taux scandaleux d'abstention, peut-être lié à l'oubli nocif du vote blanc ? –, l'UMP, maintenant qu'il s'ancre sur la cible des extrémiste, a peur de perdre des élection, les étrangers se rendant plus aux urnes que ses clients ? Je préfère en rire.

Il faut tout de même se rappeler qu'un non-citoyen français est avant tout, par définition, citoyen d'un autre pays. Et que s'il n'a pas réclamé la nationalité française, c'est bien qu'il se sent encore patriotiquement parlant rattaché à son pays d'origine. Malgré les cris d'orfraies des extrémistes de tout poil, les sans-papiers et autres comploteurs anti-français venu chez nous dans le seul but de voler le pain au chocolat de nos enfants sont une minorité infime qui, même réduit à l'échelle d'une ville ou d'un village ne représentera jamais rien.

À l'inverse, que cela vous plaise ou non, les basanés et autres épouvantails secoués par l'UMP ou le Front National sont déjà français ! Du coup l'argument principal de l'UMP qui est qu'accorder le droit de vote aux non-citoyens français va inévitablement conduire à la construction de minarets dans nos centres-villes, ou le service de nourriture halal dans nos cantines – non mais rendez-vous compte, en plein royaume chrétien ! Pouahh ! Chassons donc ces maures, comme au bon vieux temps de 432 ! – ne tient plus : si construction il devait y avoir, il y a déjà suffisamment de musulmans citoyens français en France pour éventuellement en exiger la construction.

Non, ce qui m'effraie le plus dans ce refus catégorique du vote est bien qu'il n'est construit sur rien et n'existe que dans un seul but : ratisser à droite, de préférence dans la droite la plus extrême et nauséabonde, celle qui ne se pose pas de question. Le timing est parfait pour l'UMP : il permet à ses dirigeant de continuer leur débat nombriliste sur l'identité nationale tout en tapant sur le gouvernement actuel assez facilement, en tout cas beaucoup plus facilement qu'en abordant les vrais problèmes économiques de fond ; le tout pile au moment où le parti se cherche une nouvelle direction.

Il s'agit là d'une manœuvre exclusivement marketing afin de consolider les troupes du parti autour d'une idée facile. Et ce qui me fait peur c'est que des idées faciles il y en a des tas (fiscalité, engagement militaire en Syrie, etc.) et que c'est sur la plus inutilement nauséabonde, xénophobe et raciste que l'UMP se déchaîne ses derniers jours.

Le plus drôle dans toute cette tristesse sont les propos – une fois de plus à côté de la plaque d'ailleurs – de l'UMP qui charge la gauche de faire le jeu du communautarisme à propos du mariage homosexuel. Parce que le pain au chocolat et le refus du vote local ne pousse pas au communautarisme peut-être ?

Il s'agit pourtant de mon point de vue d'une chance sympa de permettre à nos hôtes locaux de s'exprimer sur leur vie quotidienne et peut-être rendre la France encore plus accueillante, attirante. En ces temps de crise économique il me semble important de conserver une bonne dynamique touristique et continuer de rendre notre pays attractif. Et quoi de mieux que des natifs étrangers pour nous aider à mieux accueillir leurs concitoyens ?

Pour moi la seule limite – mais qui tient évidemment du bon sens – est de bien sûr vérifier que le non-citoyen français se rendant aux urnes possède toujours ses droits civiques dans son pays d'origine – faut pas déconner non plus –, sauf dans le cas de citoyens originaires de pays, dont la liste serait établie pour chaque élection locale par le ministère des affaires étrangères, que la France ne reconnaît pas apte à retirer les droits civiques de quelqu'un. Au pif comme ça je dirais la Corée du Nord, la Chine, la Syrie, etc.

Cette droitisation du second parti politique de France me fait peur. Je n'ai pas envie que la France se transforme en une seconde Autriche d'il y a quelques années, ou d'une Suisse actuelle. La France doit rester une Terre d'asile et doit savoir se montre pionnière sur le thème de la citoyenneté européenne et mondiale1. Une bonne fois pour toute le vote des non-citoyens Français est une chance pour nos villes et nos villages.

Notes de bas de page:

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J'espère pouvoir revenir au plus vite sur ce dernier point en particulier.